Pa – thé – tique !
Aujourd’hui, c’était la fête de l’amour et du chocolat, le Nouvel An chinois et la fête de la moule. Cette dernière est toute récente et n’est fêtée que par un nombre restreint d’initiés (pas plus d’une douzaine) et pas de façon très sérieuse.
Comme c’était la Saint-Valentin, les boutiques qui vendent des produits un tant soit peu raffinés étaient bondées. Aller acheter quelques douceurs dans une chocolaterie était une épreuve presque aussi insurmontable que d’acheter une bouteille de vin le 31 décembre à la SAQ! J’avais quelques trucs à acheter à la Maison du Rôti et la file de gens allait jusqu’à la volaille congelée. Ça, ça veut dire qu’il y’avait vraiment beaucoup d’monde. Même le confiseur chinois, qui est tout près sur Mont-Royal, semblait débordé. Mis à part l’affluence accrue dans certaines boutiques et les quelques décorations un peu kétaines de cœurs rouges, de cupidons et de gros chocolat juteux à la paraffine, je n’avais pas l’impression qu’aujourd’hui était un jour de fête. Peut-être est-ce parce que la Saint-Valentin n’en est pas une. Mais n’empêche, aujourd’hui j’ai été pathétique. Mais avant de dire pourquoi, il serait bon de situer cette fête dans l’histoire.
Au départ, c’est une fête de fertilité. Dans la Rome antique, c’était le festival de Faunus (oui oui, comme dans Faune ou Satyre) où des prêtres couraient nus dans les rues de Romes, après avoir bien bu, en tenant des peaux de chèvres dans leurs mains. Si un prêtre touchait une demoiselle, elle avait plus de chance d’enfanter et d’avoir un accouchement pas trop difficile. Mais c’était il y’a fort longtemps. Comme pour les autres fêtes païennes, l’Église catholique a vite fait de récupérer ce qui pouvait l’être et de l’adapter autant que possible. Certaines fêtes païennes n’ont pas eu la chance d’avoir un équivalent catholique fort comme Noël, la Saint-Jean Baptiste ou Pâques, mais cette fête de la fertilité est tout de même devenue, suite à son interdiction en 496, la fête du martyre Valentin (de Terni). D’où le nom de Saint-Valentin.
Après avoir été une fête de fertilité, c’en fut une pour les célibataires. Les demoiselles devaient trouver un père pour leurs enfants et Dieu sait que l’église en voulait des p’tits enfants pour rependre la bonne nouvelle. C’était donc un bon moyen d’encourager les jeunes célibataires à rencontrer la personne avec qui fonder foyer. Par la suite, c'est devenu plus la fête de l'amour courtois. Mais aujourd’hui, ce n’est vraiment plus la fête des célibataires ou des billets doux. Pauvre de moi!
La Saint-Valentin est aujourd’hui considérée comme la fête de l’amour. Trop de gens considèrent que cette fête est un moment privilégié pour démontrer son amour. Que de chocolats, de fleurs, de soupers romantiques, de dessous sexy et de je ne sais quoi d’autre juste pour dire « Je t’aime ». Tout l’monde le sait, la Saint-Valentin c’est une fête un peu trop commerciale qui n’a pas vraiment lieux d’être. Des gens qui s’aiment devraient se le dire et se le montrer à longueur d'année. Et c’est là que j’en viens à parler de pourquoi je suis PA-THÉ-TIQUE!
Malgré tout ce que je sais sur cette fête et malgré le fait que je crois sincèrement que cette fête est nulle et dépassée, j’étais quand même un peu triste aujourd’hui. Non pas triste de ne pas recevoir de fleurs ou de chocolats, mais triste d’être forcée de penser à mon célibat. Triste de devoir faire un constat obligé de certains échecs de ma vie. En fait, ce ne sont pas vraiment des échecs, mais plutôt des espoirs non comblés. J’aurais tellement aimé être fouettée par la peau de chèvre d’un prêtre courant nu dans la rue aujourd’hui. Je sais depuis trop longtemps que je suis stérile et mes rêves de famille que j’avais étant jeune ne se réaliseront jamais. Je sais bien que je peux adopter et c’est probablement ce que je vais faire, mais ce ne sera pas avant un p’tit bout d’temps. Avoir un enfant quand on ne peut en concevoir ça coûte terriblement cher. Et dans ma situation de célibataire farouche, aux études et sans trop d’argent, je ne vois pas tellement comment le concept de « famille » pourrait faire partie de ma vie. Est-ce une de mes aspirations que je dois rayer de ma liste de jeunesse? Après tout, je pensais qu’avant mes 30 ans j’aurais une maison, une famille, un bon emploi et tellement de choses vécues. Alors aujourd’hui j’ai pleuré. J’ai pleuré, seule, en regardant l’intro du film The Royal Tenenbaums tout en me disant que j’avais tellement de potentiel étant enfant.
Quand mon père nous donnait, à mes sœurs et à moi, des boîtes de chocolat en forme de cœur à la Saint-Valentin, je me sentais tellement spéciale et chanceuse. J'aimerais pouvoir un jour en donner à mes enfants. C’est fou comment les choses se passent rarement comme on l’avait imaginé. N’allez pas croire que je regrette ma vie actuelle. J’ai des déceptions et j’aurais aimé ne pas connaître certaines difficultés, mais je suis quand même choyée. J’ai des amis que j’aime beaucoup, un emploi assez bien rémunéré pour ce qu’on me demande de faire, assez d’argent pour des dépenses futiles et des sorties alors j’ai pas à m’pleindre. Mais quand une fête vous rappelle que l’amour c’est important et que vous êtes célibataire, il est fort probable que cette solitude soit un peu plus difficile à endurer et que des remises en question en découlent. Je peux comprendre que la Saint-Valentin soit, avec Noël, une des journées où les services téléphoniques de prévention du suicide sont surchargés.
Heureusement, j’ai terminé cette journée en beauté avec un succulent repas presque romantique avec une amie extraordinaire. Il est d’ailleurs bon de noter que le lobby des célibataires réussi tranquillement à faire de la Saint-Valentin la fête de l’amour ET de l’amitié. Et un « fais de beaux rêves» suave au téléphone de la part de l’amour impossible de ma vie est venu réconforter mon petit cœur en chocolat!


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